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Les Amis de Jules Renard

« Les Amis de Jules Renard »

Association fondée en 1999 par Elisabeth et Bruno Reyre

Présentation par Elisabeth Reyre

Préalables

Chitry-les-Mines et Chaumot, deux villages situés côte à côte, Chitry sur la rive droite de l’Yonne et du canal du Nivernais, Chaumot sur la rive gauche.

A Chitry, jusqu’en 1910, un long bâtiment rural : la maison des parents de Jules Renard, la famille Renard étant installée dans le pays depuis plusieurs générations, simple habitation de quatre pièces prolongée par une grange. C’était déjà un habitat confortable pour les normes de l’époque, et la hauteur de plafond des pièces correspond à celle d’une habitation bourgeoise. François Renard, le père de Jules Renard, conducteur de travaux publics, l’avait achetée en 1866, pour installer sa famille dans le pays de ses ancêtres.

A Chaumot, un ancien presbytère construit au 18ème siècle, loué depuis 1895, comme résidence secondaire, par Jules Renard, bail qui prit fin en 1910, les propriétaires ayant trouvé un acheteur pour cette maison qu’ils ne désiraient pas garder et que Jules Renard ne voulait pas acheter car il savait qu’après la mort de sa mère, il pourrait s’installer dans la maison de Chitry... Depuis plusieurs mois, Jules et Marinette Renard avaient été mis en demeure de quitter cet ancien presbytère qu’ils aimaient et qu’ils avaient appelé « La Gloriette » (parce que cela signifie « petite gloire » !)

Ils avaient demandé d’avoir le temps de remettre en état la maison paternelle de Chitry, très abîmée, trop petite pour leur mode de vie, mais Jules Renard se plaignait de ce que les ouvriers avaient toujours l’air d’être en grève, les travaux n’avançant que très lentement : il s’agissait de supprimer la grange, trop abîmée, d’ajouter un étage pour gagner quatre chambres, donc de refaire complètement le toit, d’agrandir la cour et le jardin. Bref, ce beau bâtiment rural datant du 18ème siècle allait devenir une maison bourgeoise début XXe siècle, mal asssortie à l’habitat encore très rural du village. Malheureusement pour lui, Jules Renard est mort avant la fin des travaux (mai 1910). C’est sa veuve, Marinette, qui opéra le déménagement de Chaumot vers Chitry.

1938, mort de Marinette. Juillet 1939, vente aux enchères de la maison de Chitry qui est achetée par une société et mise en location. Meubles et livres sont alors également vendus.


Première étape : notre installation à Chitry

En 1964, la maison de Chitry est mise en vente. Personne ne se porte acquéreur pendant deux ans. Il faut dire que son aspect « maison de banlieue parisienne » n’avait rien d’attrayant.

En 1966, nous cherchions une maison de vacances pour notre famille. La seule susceptible de nous convenir, avec nos 3 filles (devenues 4 par la suite), et leurs nombreux cousins et cousines, par sa taille et son rapport qualité-prix, était cette maison peu avenante. Mais le terrain, devenu en deux ans d’abandon un champ de pierres et d’orties, se présentait bien pour qu’il soit possible d’en faire un agréable jardin, quant à la maison, en la noyant dans la verdure, il était possible de lui donner meilleur aspect.

Nous n’avons pas acheté cette maison à cause de Jules Renard, mais souvent des personnes s’arrêtaient devant la maison, posaient des questions sur l’homme, sur l’ écrivain, sur le maire du village que fut Jules Renard. En 1960, le cinquantenaire de la mort de Jules Renard avait été l’occasion de remplacer, sur la place de l’église, le buste en bronze de Jules Renard enlevé par les Allemands en 1942. Avec l’argent excédentaire, le Conseil municipal avait alors placé plusieurs panneaux indiquant « Maison de Jules Renard », et nous avons vu arriver plus d’un visiteur déçu de ne trouver, en guise de bibliothèque Jules Renard ou de musée consacré à l’écrivain, qu’une bande joyeuse d’enfants en vacances et une maison terminée après la mort de l’écrivain !

Impossible d’y échapper : il fallait mieux connaître l’œuvre de Jules Renard pour répondre à toutes ces questions. Nous avons acheté les trois volumes de la Pléiade. Ce que Renard disait du pays correspondait à ce que nous observions. Nous l’aimions pour les mêmes raisons que lui. De plus, mon grand-père maternel, Maurice Vaucaire, avait été le secrétaire d’Antoine, l’aidant à trouver des mécènes pour aider à la gestion difficile du Théâtre libre, devenu Théâtre Antoine, avant qu’il ne prenne la direction de l’Odéon. Jules Renard et ses amis Lucien Guitry, Tristan Bernard, Maurice Donnay, Capus, Allais… n’étaient donc pas des inconnus, j’en avais entendu parler dès mon enfance.


Deuxième étape : le colloque de 1990

En 1990, à Nevers, à la demande de François Mitterand, un colloque Jules Renard fut organisé par le Conseil général de la Nièvre. Une belle occasion de mettre en valeur la personnalité et l’œuvre de Jules Renard. Nous avons découvert alors qu’il était encore plus intéressant que nous ne le pensions. De ce jour, de préfets en préfets (ils changent souvent), nous avons beaucoup demandé à ce qu’une association soit créée pour prolonger un travail si bien commencé sur notre écrivain, pour mieux le faire revivre dans son pays. Un jour, un préfet, M. Pondaven, nous a dit : « Si vous désirez qu’il y ait une association Jules Renard, créez-la vous-même… »

Troisième étape : la naissance de l’association

Nous avons relevé le défi, invité quelques amis des alentours, et fondé l’association dans le but d’acquérir une bonne documentation nous permettant de mieux répondre aux questions de ceux qui venaient rechercher trace de sa vie nivernaise.

Qui dit association Loi 1901 dit parution annuelle d’un Bulletin. Nous avons écrit dans de nombreuses directions, nous avions des noms grâce aux Actes du colloque de 1990. Tout le monde nous a répondu. De fil en aiguille, le groupe de collaborateurs s’est élargi. Nous n’avons jamais manqué de textes, nous sommes devenus peu à peu capables de rédiger nos propres communications. Nous en sommes au 12ème volume, ce dernier, L’amour du pays, Chitry-les-Mines, Chaumot, lieux de mémoire, est consacré au regard que Renard portait sur son village. On pourrait presque dire que Chitry-les-Mines, petit village de quelques de trois cent cinquante habitants, a sa maison d’édition, puisque l’association y est domiciliée. Certains de nos volumes présentent des études rédigées par des professeurs de lettres (Lycées ou Universités), d’autres laissent simplement s’exprimer Jules Renard sur des thèmes variés.


Quatrième étape : la visibilité locale

Chitry-les-Mines a son comité des fêtes, avec une présidente très active : Jocelyne Guérinoni. Assez rapidement Jocelyne a demandé à rejoindre notre groupe, car la défense du patrimoine l’intéressait ; elle était convaincue que les greniers des habitants de Chitry contenaient des trésors ; résidant toute l’année à Chitry, elle était mieux placée que moi, simple parisienne-nivernaise, pour accomplir cette démarche ; en effet, peu à peu, nous avons vu apparaître de nombreux objets ou documents nous permettant de faire revivre les temps passés, y compris l’époque que connut Jules Renard.

Nous avons pu organiser autour de notre écrivain des expositions originales car très bien ancrées dans la vie locale telle que Renard avait pu la connaître, la vivre. Chaque fois que les thèmes proposés sur le plan national pour les Journées du Patrimoine s’y prêtent nous orientons en fonction de ce thème la présentation de celui qui est devenu notre ami Jules (par exemple, l’année où le thème était l’eau, le Comité des Fêtes a centré l’exposition sur les lacs, réservoirs, cours d’eau, canaux, du département, et nous y avons introduit une centaine de phrases très poétiques de Jules Renard sur l’eau. L’année de l’anniversaire de l’affaire Dreyfus, nous avons ouvert un dossier sur la question. Au moment du centenaire de l’élection de Jules Renard comme maire de Chitry, en 2004, nous avons recherché dans les archives de la mairie les conseils municipaux qu’il avait présidés. Pour l’anniversaire de son élection à l’Académie Goncourt (31 octobre 2007), nous avons constitué un dossier sur la question...


Cinquième étape : l’approfondissement

Très vite, l’un de nos membres actifs, Jean-François Flamant, nous a dit qu’il se réservait le travail sur la Correspondance de Jules Renard, jusque-là dispersée chez quatre éditeurs différents ; grâce à ses recherches, il nous a apporté la substance d’un cinquième volume… Il devenait urgent de tout rassembler en une seule édition. Ce qu’il a fait car nous avons pu obtenir des éditions Honoré Champion qu’elles en assurent la publication : ce sont des éditions spécialisées dans les ouvrages destinés aux bibliothèques universitaires, avec un seul inconvénient : le prix trop élevé, €220, pour les deux volumes qui présentent 1600 lettres, dont quelques 150 encore inédites. Ce fut une période d’approfondissement pour ceux qui ont aidé J.F.Flamant à mener les recherches nécessaires pour l’établissement des notes.

Pris par l’intérêt de ce type de recherches, nous avons continué ce travail d’approfondissement par de nombreuses heures passées dans les différents secteurs de la BnF, de l’Arsenal, de la Fondation Jacques Doucet… Jules Renard a encore beaucoup de secrets pour nous, mais nous pouvons accueillir sur rendez-vous et informer les amoureux de ce poète en prose, discret et savoureux, qui s’appelle Jules Renard.


Célébrer le centenaire de la mort de Jules Renard
(22 février 1910-2010)

Parmi les professeurs d’université qui nous aident, deux jeunes ont présenté leurs thèses sur Jules Renard, l’un, Stéphane Ozil, à Montpellier en mai dernier sur l’écriture poétique de J.Renard, l’autre, Stéphane Gougelmann, à Paris sur l’écriture de l’intime dans l’œuvre de Jules Renard.

Et que dire de Michel Autrand, professeur émérite de Paris IV Sorbonne (à la retraite), avec qui nous avons pu organiser un colloque sur Jules Renard, qui se tiendra à Paris les 26 et 27 mars prochains, le premier jour dans le petit auditorium de la BnF (entrée Est, accès libre), le second jour dans l’université voisine de la BnF, Paris-Diderot (Paris VII, les Grands Moulins), salle Audouy (batiment C, 5ème étage).

A Chitry et Chaumot, le 22 mai prochain, jour exact de l’anniversaire de la mort de Jules Renard, sa mémoire sera officiellement évoquée par une journée qui débutera au cimetière par des dépôts de gerbe sur sa tombe ainsi que sur celle de ses fidèles serviteurs Simon et Marie Chalumeau, immortalisés par notre écrivain sous les noms de Philippe et Ragotte et pour lesquels l’un de nos amis en charge des cimetières de la région offre une pierre gravée à leurs noms, de façon à préserver leur souvenir. Un cimetière est un lieu de mémoire important. Puis, à la mairie, nous inaugurerons dans la salle du Conseil, une bibliothèque vitrée mini-musée Jules Renard, don de l’association (aidée de diverses subventions). Après un buffet campagnard, il sera ensuite possible, en début d’après-midi, de voir le film sur Jules Renard réalisé en 1996 par Jacques Tréfouël et Daniel Hénard pout l’ émission de Bernard Rapp « Un siècle d’écrivains », et à 17 heures, nous avons obtenu l’autorisation d’utiliser l’église de Chitry – seul lieu assurant de bonnes conditions d’écoute – pour entendre des lectures de textes de Jules Renard ,assurées par Jacques Arnould, comédien, et coupées de moments musicaux exécutés par l’Octuor de France, sous la direction de Jean-Louis Sajot, clarinettiste. En fin de journée, pot d’amitié dans notre jardin.

Dans la salle du déjeuner, nous aurons accroché divers panneaux présentant différents aspects de la vie et de l’œuvre de Jules Renard. Nous présenterons une exposition plus développée en juillet-août et de plus, nous espérons, dans un avenir proche, pouvoir regrouper tous nos documents pour monter une exposition itinérante d’une vingtaine de panneaux. Cette année, de nombreuses demandes ont été formulées pour ce type de présentation.

Jules Renard méritait la Bibliothèque nationale et, en plus du nôtre, tout le travail accompli dans le département par la ville de Nevers et par le Conseil Général (pour les programmes s’adresser à la ville de Nevers). Le week-end des 29 et 30 mai, à La Charité-sur-Loire, à l’initiative de Marc Lecarpentier et de France-Inter, le Festival du Mot, cette année, donnera une grande place à Jules Renard.


La vie du village ne doit pas être oubliée

Le lendemain, 23 mai, dimanche de Pentecôte, fête patronale de Chitry, le Comité des fêtes, à l’initiative de Jocelyne Guérinoni, organise sa fête des arts habituelle sous le signe de l’amour et, à ce titre, prépare un spectacle joué par les membres du Comité, à partir de différents passages de La Maîtresse, très joli texte de Jules Renard évoquant l’idée du thaâtre en liberté promue par Victor Hugo, d’une très grande modernité d’écriture. Les murs de la salle polyvalente de Chitry seront décorés par les réalisations sur ce thème des artistes locaux, et de panneaux évoquant la vie de Jules Renard. Ce sera une journée-surprise.

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